La Gazette de l'Ecole

Eduquer un chien, ce n’est pas grave.

De l’exigence au contrôle, en passant par la rigidité

 

« Je veux qu’il s’assoie avant de traverser la rue ! », « Je veux qu’il m’obéisse au doigt et à l’oeil ! », « Mon précédent chien était parfait, lui ! », « Il ne comprend rien, je lui ai appris mais il ne le fait jamais ! », « Mon chien est très réactif, je ne peux rien en faire », « On m’a dit qu’il ne fallait pas leur parler doucement, sinon on n’est pas le dominant ! »…

Ces phrases vous parlent ? C’est fort possible car je ne les ai pas inventées. Je les ai toutes entendues en clientèle ou dans la bouche d’amis ou d’amis d’amis qui parlaient de leur chien. De la part de gens qui ont un chien et qui se retrouvent dans des situations parfois compliquées à gérer, tant pour eux que pour l’animal. Ou de la part de tout nouveau propriétaires d’un chiot ou d’un jeune chien. Quelque soit le scénario, ces phrases relèvent d’un raisonnement, à mon sens, obscure… Pourquoi tant d’exigences vis à vis de nos chiens? Pourquoi tant de crispation lorsque l’on éduque ou rééduque un chien ? Tout ça (hors contexte dangereux ou trouble comportemental sévère hein, soyons clairs) n’est pas grave !

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Evidemment, lorsque l’on discute avec les gens ou les clients, il y a deux cas de figures: ceux qui prennent les choses trop à la légère et n’éduquent pas du tout le chien, avec toutes les conséquences plus ou moins dangereuses que cela implique, et ceux qui veulent un champion du monde en 15 jours, s’il vous plait madame.

Aujourd’hui, j’ai envie de parler de ce 2ème cas de figure. De ce chien sans soucis particulier, parfois c’est un chiot, parfois un jeune chien ou un chien adulte. Et même de ce chien qui nous fait rencontrer quelques difficultés, il n’y a pas vraiment de règle finalement. Mais il y a toujours un impératif. « Il faut qu’il s’assoie avant de traverser » « Il ne faut pas qu’il s’éloigne de moi en promenade » « Il ne faut pas qu’il sente par terre ». Et souvent un langage très précis. « Pas bouger »,  » Pas toucher », « Au pied ».

 

De la crispation au respect, en passant par la confiance

 

Lorsque je parle à mes chiens, je le fais normalement. Je leur dis « s’il te plait » et « merci ». Lorsque je les rappelle c’est avec cette formule: « Tu viens me voir ? ». Et lorsque je veux qu’ils attendent ou qu’ils laissent quelque chose je m’exprime de cette façon: « Tu attends ? » « Tu le laisse ? ». 80% du temps, mes clients ou mes amis hallucinent de me voir parler « normalement » à mes chiens. Ils ne comprennent pas pourquoi je parle comme ça à des chiens. Et pourquoi pas ? Mes chiens font partie intégrante de ma vie, ils vivent dans ma maison, dorment dans ma chambre. Ils sont mes amis, mes compagnons, mes collègues de travail. Comme dirait Nicolas Cornier, nous sommes « copains ». Pourquoi est ce que je devrais m’adresser à eux de manière brutale ? Parce que ce sont des chiens ? Mais ils représentent bien plus que cela, voyons !

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Les gens sont également surpris de voir que mes chiens ou ceux que j’éduque comprennent ce genre de langage. Comme si nos amis canins n’étaient programmés que pour une interprétation monosyllabique… Alors évidemment si je dis « S’il te plait Joe, monte dans la voiture car j’ai un rendez vous et je suis déjà à la bourre ! », il y a fort à parier que ma chienne va saisir le mot « voiture » comme celui dont elle connait le sens et monter dans la voiture. Je ne suis pas convaincue qu’elle comprend que sa propriétaire est nulle en organisation et encore en retard à son rendez vous de 15h. Mais, après tout, ce n’est pas si grave. J’ai parlé gentiment à mon chien et, en prime, il a exécuté ce que je lui demandais. Il est vrai que j’aurais pu obtenir le même résultat en criant et en forçant ma chienne à monter dans mon camion (ou pas !). Mais j’aurai dépensé infiniment plus d’énergie et, au passage, altéré notre relation de confiance à toutes les deux.

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De tout ça à l’amitié, en passant par la complicité

 

Ce fameux lien de confiance d’ailleurs… Seriez vous inspiré par une personne vous parlant toujours sèchement ? Une personne qui se comporterai de façon rigide avec vous ? Les chiens sont capables de ressentir des émotions et ils sont parfaitement conscients de l’énergie que nous dégageons, spécialement vis à vis d’eux. Lorsque je suis avec un client qui a peur pour son chien ou qui pense qu’il doit sans cesse s’imposer à lui pour mieux le contrôler, je vois souvent un chien tendu, agité, nerveux, à la fois physiquement mais aussi psychologiquement. En somme, le parfait reflet de l’attitude du propriétaire ! Et la communication entre ces deux être qui devraient être de bons copains est saturée, les messages ne passent plus. La confiance non plus. Et Dieu sait que les chiens doivent nous faire confiance et se livrer à nous pour vivre dans le monde que nous leur imposons !

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Eduquer son chien devrait être sympa, pour nous comme pour lui. Même si les choses ne sont pas toujours simples, que certains chiens développent des peurs, des appréhensions, des comportements pas toujours faciles à gérer, se crisper n’arrangera JAMAIS les choses. Parler à son chien comme s’il était un robot encore moins. Ne plus jamais le sortir en liberté non plus. Toute la rigidité que l’on incorpore à nos rapports avec nos chiens ne fait que nous éloigner d’eux et de leur ressenti. Parlons leur gentiment, soyons polis, aussi bien verbalement que physiquement, détendons nos gestes et notre façon de les appréhender et essayons de tisser un lien, pour de vrai. Devenons copains avec nos chiens car c’est pour ca qu’ils sont là et c’est bien le moins qu’ils méritent.

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