Les 5 mythes du chien parfait.

Saviez vous que le chien parfait, celui dont tout le monde rêve, doit être livré avec certaines options?

Oui oui, une grande partie des propriétaires de chiens estiment que nos chiens de famille – je m’inclue dans le « nos » puisque mes chiens sont, avant tout, des chiens de famille – se doivent de répondre à certains critères précis, sous peine d’être relégués au statut de chiens imparfaits:

  1. Aimer les enfants
  2. Aimer jouer à la balle
  3. N’avoir peur de rien
  4. Aimer les câlins
  5. Etre obéissant

Tout un programme, n’est ce pas ?

Soyons honnêtes, nous avons tous – professionnels, amateurs ou amateurs éclairés, passionnés – un jour, pensé à nos chiens dans l’une (ou plusieurs !) de ces cases là. Moi même, lorsque j’ai eu Mishka, il me paraissait plus que normal qu’il aime jouer et me rapporter la balle, qu’il apprécie mes caresses et qu’il se comporte correctement avec les enfants. C’était une évidence qui ne nécessitait même pas une nano seconde de réflexion tant cela allait de soi. Enfin plutôt de lui, d’ailleurs.

Depuis, je me suis informée (un peu…), formée (un peu aussi…) et j’ai fais un petit bout de chemin en changeant ma perspective des choses mais je me rend compte que beaucoup de propriétaires de chiens essayent de faire rentrer leur loup dans les mêmes cases que celles dans lesquelles je voulais faire rentrer le mien. Pas de problème apparent, tant que le chien rentre bien dans les dites cases ! C’est quand le loulou ne répond pas aux critères que ça se corse…

 

  1. Aimer les enfants 

 

Oui, le chien lambda se doit d’apprécier les enfants et leur contact. Il doit le rechercher mais surtout le tolérer, quoi qu’il arrive et cela dans toutes les situations possibles. L’enfant doit pouvoir tirer, malaxer, marcher, piétiner, taper, grimper, dormir sur le chien sans que cela n’occasionne aucune réaction, si ce n’est une apparente détente et adoration de la part du chien. L’enfant doit pouvoir s’approcher du chien lorsqu’il mange, voir même mettre les mains dans la gamelle, il doit pouvoir réveiller le chien lorsque celui dort, s’asseoir, s’allonger dans son panier, lui prendre ses jouets. Et notre meilleur ami à 4 pattes doit, bien évidemment, accepter sereinement tout cela de façon tout à fait naturelle et instinctive sans aucun apprentissage préalable.

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Ca vous évoque quelque chose? Malheureusement, j’ai bien peur que oui. Si ces mots sont un peu extrêmes, ils le sont souvent très peu dans le quotidien que je vis auprès de mes clients et de ce qu’ils attendent de leur chien vis à vis des enfants.

Pourtant, les enfants peuvent être un sujet d’éducation plutôt vaste pour un chien ! Les humains miniatures sont souvent imprévisibles et spontanés, ce qui les rend plus difficiles à lire pour les chiens. Ils se déplacent vite et avec des mouvements bien plus saccadés que les adultes, ce qui peut être une source de stress chez un chien anxieux ou peu sûr de lui. Les enfants coordonnent mal leurs mouvements et peuvent frapper ou toucher le chien de manière inappropriée, surprenante, ils peuvent faire mal à un chien ayant des douleurs, même inconnues. Bref, pas toujours facile pour un petit loup de s’y retrouver dans tout ça…

Quoi faire alors? Déjà, prendre du recul et admettre qu’un enfant n’est pas nécessairement une mince affaire pour un chien. Ensuite, éduquer autant le canidé que l’humain. Oui, les enfants doivent être surveillés et éduqués à la vie avec un chien. Ils doivent apprendre des règles bien strictes dans la maison afin d’interagir correctement avec le chien et être sensibilisés au respect de l’animal dès leur plus jeune âge. Les interactions avec le chien doivent être encadrées de près et associées un maximum à du positif, d’un côté comme de l’autre afin qu’une relation basée sur de la confiance mutuelle puisse s’installer. Vous l’aurez compris, rien de tout prêt ! Encore une fois, le lien se tisse petit à petit et le chien n’est pas plus livré avec l’option « aimer les enfants » que l’enfant n’est livré avec l’option « aimer les animaux » !

 

2. Aimer jouer à la balle

 

Ah… cette fameuse balle… ceux qui me connaissent ne savent que trop bien ce que je pense du jeu de balle mais ce n’est pas ici la question.

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Aujourd’hui, ce qui m’interpelle c’est de voir que beaucoup de propriétaires de chien se trouvent désarmés devant un chien qui n’aime pas jouer à la balle. Il la regarde, court derrière, parfois la ramène mais, s’il daigne faire l’effort, ce n’est que pour 2 ou 3 lancés, grand max. Après, cela ne l’intéresse plus et il va faire autre chose… et alors ? C’est génial !
Nos chiens valent tellement mieux que de simplement jouer à lancer une balle pour nous la rapporter et la relancer à nouveau…
Plus inquiétant, le propriétaire lambda est apeuré que Médor ne veuille pas jouer ! Ce n’est pas normal. Les chiens aiment jouer à la balle, non ? Bah non, pas tous. Et tant mieux. Et vous savez quoi ? Il existe teeeeeeellement d’autres choses que l’on peut faire avec un chien ! S’il s’agit de partager une activité avec lui, la balade reste, pour moi, l’instant de partage ultime. Celle-ci est l’occasion pour le chien de s’exprimer pleinement, de vivre la vie au travers de tous ses sens et de pouvoir assouvir une grande partie des comportements naturels qu’il n’a pas l’occasion de vivre dans son quotidien de chien de famille : renifler, explorer, se baigner, gratter, creuser, se rouler… être un chien quoi !

Alors n’ayez pas peur si votre chien n’est pas un grand joueur. Au-delà d’être aussi normal que le chien du voisin, il vous reste beaucoup d’autres options (de meilleures options ? chuuuuut Sasha !) pour partager des moments de complicité avec lui et votre lien ne s’en trouvera certainement que renforcé.

 

3. N’avoir peur de rien

 

Notre chien parfait (encore lui !) ne doit pas non plus être d’un naturel craintif. Bruits, nouvelles expériences, nouvelles rencontres, toute nouveauté doit être vécue sereinement et avec détachement par le chien qui ne doit pas réagir ou alors avec le plus d’entrain possible.

Ce qu’il faut savoir c’est que les chiens ont tous leur individualité, déjà de façon générale mais aussi dans les choses qui les inquiètent. Au même titre que nous, certains chiens ont des peurs, parfois même des phobies. Cela peut s’expliquer plus ou moins bien mais ce qui est toujours compliqué c’est de comparer. Je suis souvent confrontée à la situation de deux personnes adoptants deux chiots au même endroit ou d’une personne adoptant un deuxième chien au même endroit. Dans les deux cas, l’un des deux chiens gère bien son nouvel environnement et s’adapte facilement alors que le deuxième développe des peurs et des inquiétudes parfois poussées. Rien de grave me direz vous… sauf que, bien souvent, l’humain ne comprend pas pourquoi, issus du même cadre, deux chiens peuvent avoir des réactions aussi différentes dans un même environnement. La réponse est simple : tous les chiens sont différents !
Si deux personnes sont victimes d’un accident de voiture, peut être que l’une d’elle reprendra le volant peu de temps après, un peu inquiète mais sans plus, tandis que l’autre ne sera plus jamais capable ne serait ce que de monter en voiture tant cet évènement aura été traumatisant. Il est impossible de le savoir avec certitude avant que l’évènement se soit produit mais il est important de comprendre que chacun réagit en fonction de qui il est et qu’il en est exactement de même pour les chiens.

Les chiens fonctionnent de la même manière au niveau de leurs émotions et il existe chez eux autant de réactions qu’ils existent de chiens finalement… Il faut donc toujours prendre du recul sur ce que nous nous percevons et ce que nous observons de la part de nos chiens car, même si l’on ne comprend pas toujours pourquoi et comment les choses se passent en eux, ce n’est pas pour cela que ça n’existe pas ou que cela n’a pas lieu d’être…

Autre élément à toujours prendre en compte : les chiens ne perçoivent pas le monde comme nous. Leurs sens ne sont pas les même, ni leur taille, ce qui leur fait vivre la vie sous un angle bien différent. Si un bruit ne nous parait pas impressionnant avec nos pauvres petites oreilles, il peut être bien plus impressionnant pour l’oreille d’un chien dont l’ouïe est infiniment plus fine. Leur vision étant moins sensible au détail, on comprend mieux qu’ils puissent être inquiets de certaines choses qu’ils ne voient peut être pas bien. Là encore, une occasion supplémentaire de prendre du recul et de nous poser des questions sur les réactions de nos chiens qui ne vivent pas tout à fait sur la même planète que nous en termes de sensations, sans pour autant avoir un truc qui cloche.

 

4. Aimer les câlins

 

Si il y a bien un sujet délicat à aborder avec la majorité des propriétaires de chiens c’est bien celui là : le fait que le chien n’aime pas nécessairement les câlins ou alors, pire, pas nécessairement ceux que le propriétaire propose !

Car la plupart des chiens sont regardants sur le type de caresses qu’ils apprécient. Certains vont préférer une partie du corps à une autre, d’autres vont détester être touchés à certains endroits, d’autres encore vont attacher de l’importance à la lenteur ou la pression exercée lors des caresses… Mais devant l’incompréhension de leurs propriétaires face à leurs signaux de communication (bah oui, ils essayent quand même de nous parler, sont sympas nos toutous), certains chiens préfèrent se protéger en ne proposant carrément plus ou quasiment plus le contact. Pas de risque d’être embêté de cette manière !
Dans ces cas là, le propriétaires est généralement dans l’ignorance et s’étonne de l’indépendance de son chien. On en arrive carrément à croire que c’est un trait de tempérament du chien, que c’est un peu une fatalité et que le chien n’est tout simplement « pas câlin ». Et vous savez quoi ? Moi la première !
Lorsque ma chienne Naya était petite, j’avais très peu de contacts physiques avec elle, elle semblait peu en demande  et restait rarement près de moi lorsque nous en avions. Je pensais donc qu’elle n’aimait pas ça et que cela faisait partie d’elle… Jusqu’à une balade avec mon amie Sandrine (Sandrine Otsmane – Chien, Chat Mode d’Emploi) lors de laquelle elle a pu nous observer avec Naya et nous voir interagir ensemble.

« Arrête de la caresser comme ça. Propose lui plutôt une longue caresse lente et appuyée, qui part de l’épaule jusqu’au flanc ». 

Cette petite phrase tout bête a tout simplement changé ma vie, ma relation avec ma chienne et mon regard sur les contacts que l’on propose à nos chiens.

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C’est donc avec une profonde tristesse pour l’humain et le chien que j’entend régulièrement des phrases du type « enfin c’est quand même dingue, un chien ça aime les caresses quand même ! »
Pourquoi, tous les humains aiment qu’on les touche partout ? Tous les humains aiment qu’on les touche tout court ?
Tous les chiens n’aiment pas être touchés mais surtout, pas n’importe comment et cela semble normal si on se met un peu à leur place. Du coup, vous imaginez à quel point des contacts déplaisants répétés chaque jours peuvent abimer le lien entre le propriétaire et son chien? Si la personne avec laquelle vous vivez passait son temps, chaque jour, à vous toucher d’une façon qui vous déplait tout particulièrement, ne seriez vous pas irrités ? Ne commenceriez vous pas à vouloir vous éloigner de cette personne ? Est ce qu’elle vous inspirerait de la sympathie? Auriez vous envie de coopérer avec elle si elle vous le demandait? Pas sûr… du tout !

Ce dont il est important de prendre conscience c’est que ce manque de cohérence vis à vis des besoins et des envies du chien a un impact bien plus important qu’on ne le croit sur le relation que l’on entretient avec lui. Et c’est un travail difficile à faire sur nous car cela demande beaucoup de remise en question, d’auto-observation et de contrôle sur soi pour modifier nos comportements vis à vis de nos chiens. 

 

5. Être obéissant

 

Bah oui. Le chien parfait est évidemment obéissant, cela va de soi. Mais, surtout, il est naturellement obéissant. Notamment le jeune chiot de 2-3 mois qui vient tout juste d’arriver et qui est un tantinet exaspérant car il n’a pas tout compris tout de suite. On a beau lui dire, lui parler, lui expliquer sur tous les tons, lui dire gentiment, méchamment, le punir mais il ne comprend rien à rien. Il ne revient pas quand on l’appelle, il n’est pas propre, il tire en laisse… dans le meilleur des cas, il veut aller voir tous les humains et tous les chiens !

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Oui, le chien parfait a tout pigé, tout de suite. A la simple vue d’un humain, il doit avoir compris nos us et coutumes pourtant bien étranges, il doit pouvoir s’y adapter sans problème et, comme toujours, en éprouver du plaisir et de la reconnaissance.
Autre discours souvent entendu : le chien adopté – en SPA, en refuge, en association – devrait être reconnaissant de ce que ses adoptants font pour lui. Il sait qu’il a été sauvé d’un destin potentiellement sombre et, de ce fait, doit amour, fidélité et reconnaissance à ses humains.

Il est temps d’être un tout petit peu objectif et de regarder nos chiens avec un oeil qui n’est plus celui d’un « parent » mais d’un être rationnel : le chien – aussi merveilleux soit il – reste un animal qui n’a pas le même niveau de conscience que nous ni les mêmes capacités cognitives. Les chiens ne se vengent pas, ne sont pas jaloux, ne sont pas ingrats et cela tout simplement car ils n’en sont pas capables. Ce sont des sentiments complexes et particulièrement élaborés qui demandent d’avoir des capacités mentales que nos meilleurs copains poilus n’ont pas. Cela ne fait pas d’eux des animaux idiots mais il est important de le savoir et d’en avoir conscience car, avec ces informations, on devient nettement plus objectifs, raisonnables et l’on attend de nos chiens ce qu’ils sont capables de nous offrir, ni plus, ni moins.

Ainsi, votre jeune chien, votre toute nouvelle adoption ne peut pas deviner quel comportement il est censé adopter. Chacun a ses règles au sein de son foyer, chacun a ses préférences, ses habitudes, ses blocages aussi. Le chien est étranger à tout ça et va devoir apprendre à composer avec le caractère incohérent de l’humain… Il est donc de notre devoir de considérer notre animal comme une page blanche – du moins, en ce qui concerne ses rapports aux règlementations humaines – que nous allons doucement remplir avec des apprentissages progressifs et positifs. Nous construisons un bout de vie à deux, pas la peine de se presser, il faut profiter du voyage…

 


 

Je vous arrête tout de suite, loin de moi l’idée de juger tous ces propriétaires égarés qui font de leur mieux, avec ce qu’ils peuvent et ce qu’ils ont pour gérer leur chien et la vie avec celui ci. Cet article est là pour essayer de faire bouger un peu les consciences et les idées reçues que l’on peut avoir sur le chien mais surtout afin que ceux qui en savent un peu plus partagent avec ceux qui en savent un peu moins… Mon but est d’amener l’amateur éclairé à informer l’amateur-tout-court, d’amener les passionnés ou simplement ceux qui aiment leur chien à le regarder différemment dès à présent mais aussi peut être à porter un regard objectif sur le propriétaire que nous avons nous même été. Regarder le chemin parcouru mais surtout celui qu’il nous reste encore à parcourir pour mieux aimer nos chiens, les aimer correctement et à leur juste valeur car ils valent bien plus que ce que l’on peut encore croire ; ils méritent que l’on regarde derrière et devant nous tous les jours, qu’on essaye d’avancer dans la meilleure direction possible, ensemble.

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