Harnais ou collier : quel matériel, pour quel chien et pourquoi ?

Dernièrement, beaucoup d’encre a coulé concernant le collier et ses répercussions négatives sur la santé des chiens.
L’idée, ici, c’est de mettre un peu de nuance dans tout cela, non par pour invalider ce qui a été dit par d’autres, mais simplement pour apporter un angle de vue un peu différent.
Car même si les arguments avancés sont soutenus par des données scientifiques, notre travail, en tant qu’éducateur·ices professionnel·les, c’est aussi de trouver des moyens de créer des ponts entre la science et l’empirisme. Ceci afin de respecter nos clients et leurs chiens mais aussi pour intégrer notre pratique de manière concrète à leur « vraie vie de tous les jours ».
C’est pour ça que, ici, nous faisons le choix de ne pas être dogmatiques concernant le matériel mais ne l’adapter en fonction du chien, de son humain, de la problématique rencontrée, des contextes.

 

Quoi choisir, pour quel chien ?

Si le chien n’a pas de « problèmes » particuliers, qu’il s’agit d’un jeune chien ou d’un chien souffrant d’une pathologie spécifique pour laquelle le collier est contre indiqué, le harnais ne pose aucun problème.
On veillera néanmoins à ce que l’humain ait bien conscience des avantages mais surtout des inconvénients de l’outils : le harnais est souvent plus confortable pour le chien pour exercer une force de traction et cela plus facilement qu’avec un collier, par exemple.
Il est donc indispensable de mettre en place, dès le plus jeune âge du chien, un apprentissage sur la marche en laisse et le respect de cet outil, que l’on a tendance à « abîmer », en se disant que ce n’est pas grave si le chien s’appuie car, justement, il est en harnais. Vous voyez où je veux en venir ?

 

Là où notre position se durcit, c’est dans le cas du travail de socialisation avec des chiens pouvant proposer des conduites agressives.
Nous faisons le choix de travailler avec tous les chiens, peu importe leur race, leur âge, leur gabarit, leur sexe et leur problématique. Dans certains cas, cela comporte une part de risque et de dangerosité car nous pouvons alors prendre en charge des chiens ayant déjà mordu, agressé des chiens ou des humains. Cela ne veut pas pour autant dire que nous allons isoler ces chiens, bien au contraire. Puisque c’est également, souvent, la demande de leurs humains que de resocialiser ces chiens, de leur permettre d’accroitre leurs capacités de communication, leur tolérance vis-à-vis de leurs congénères.
Au cours de ce travail et comme nous allons proposer des contacts sociaux à ces chiens, nous tâchons de créer des moments les plus constructifs mais également sécuritaires possibles.
Parfois, on se trompe (personne n’est parfait) mais l’idée c’est de faire le moins d’erreurs possibles pour ne compromettre l’intégrité physique et émotionnelle de personne.
Dans ce cas-là, notamment, le collier est indispensable.
Pourquoi ? Tout simplement car il permet plus de précision. Il permet d’avoir plus de contrôle sur le cou, la tête et donc la mâchoire du chien, dans le cas où ce dernier chercherait à mordre.

 

Je précise que je parle de contrôle mais qu’il ne s’agit pas de faire faire quelque chose au chien, de le contraindre ou de le manipuler. Il s’agit, simplement, de pouvoir bloquer (au niveau de la longe) une tentative de morsure, de manière précise, efficace et rapide.
L’idée n’est donc pas que le chien s’appuie dans son collier, qu’il s’étouffe avec, que nous tirions sans arrêt dessus, etc… L’idée principale c’est d’empêcher la morsure, de sécuriser les interactions.

 

« On peut faire la même chose avec un harnais ! »

Non. Pas exactement. Avec un harnais, le chien a une plus grande liberté de mouvement autour de l’attache située sur le dos. Ça veut dire que si le chien se dirige initialement vers l’avant, que je le bloque, qu’il s’oriente ensuite sur le côté, il peut tourner sa tête, ses épaules, toute sa cage thoracique dans la direction de son choix, tout en profitant de sa propre capacité d’extension et de celle de son harnais.
En gros, entre le moment et l’endroit où j’ai bloqué ma longe et là où le chien peut terminer sa course, la différence est de plusieurs dizaines de centimètres. Avec, en plus, une force parfois très importante.

 

Ce harnais, il est également proscrit dans le cas d’interactions en statique, comme sur un cours ou un stage terrain, par exemple.
Là, on n’est plus vraiment dans la vraie vie mais, parfois, on s’en approche (vous voyez le barbecue chez les potes en été ? vous êtes en statique, non ?)
Et pourquoi on n’en veut pas dans ces cas-là ? Car le contexte va favoriser des échanges plus longs, potentiellement plus physiques entre les chiens que lors d’une balade, par exemple. Le harnais devient alors une source d’accidents potentiels, de chiens qui se coincent pattes et gueules dedans, qui se servent du harnais pour attraper, tirer parfois même soulever ou secouer les autres chiens !
Là encore, on peut avoir ce genre de problèmes avec le collier mais c’est plus rare, ça s’enlève plus vite et, surtout, moins de surface de matière est disponible donc le risque est moins grand (pourtant, je ne suis pas bonne en maths, c’est juré).

 

« Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités »

(Si vous n’avez pas la rèf., regardez du côté de chez Marvel Comics)
Dernière précision, mais non des moindres : l’utilisation d’un collier n’est effectivement pas sans conséquences (potentielles) sur la santé du chien.
Oui, la zone du cou est fragile et précieuse, oui une pression forte et/ou continue est délétère à la santé globale du chien. C’est pour cela que chaque recommandation d’utilisation d’un collier s’accompagne de séances sur le maniement de la longe.
On vise une tenue de longe la plus juste et fine possible, sans à-coups ni tension continue, afin de s’assurer le plus possible que l’outil reste respectueux, à tout point de vue. Ce n’est pas simple ! Même au bout de plusieurs années, on peut se tromper, mal gérer…
Mais aucune étude ne nous montre que le harnais est la solution, que cet outil précisément n’occasionne aucune problématique non plus. Peut-être cela viendra-t-il, ou pas… mais gardons une forme de recul et d’humilité car les données scientifiques sont en évolution et en remise en question permanente. Peut-être que, dans 6 mois, dans 10 ans, dans 30 ans, on nous dira que le harnais occasionne mille et une pathologies musculo-squelettiques… qui sait ?

 

En attendant, nos client·es sont libres d’utiliser un harnais quand ils/elles le souhaitent, y compris lors de nos séances individuelles et balades collectives. Tant que cela correspond à leur chien et à ce que nous tâchons de mettre en place dans le suivi éducatif.
Tout comme ils/elles peuvent utiliser un collier, tant qu’ils/elles ont conscience de son impact et de ce à quoi il faut être attentif·ve pour se le permettre.
Bref, l’idée c’est surtout de garder l’esprit ouvert, pour ne culpabiliser personne et pouvoir travailler avec tout le monde, de la manière la plus éthique possible.

 

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